Que faire si un enfant dévoile une violence sexuelle?
Les jeux Placote de la collection Développement psychosexuel favorisent des échanges authentiques entre adultes et enfants. Il est possible qu’ils amènent un enfant à révéler, volontairement ou non, une situation de violence sexuelle.
Dans ces moments, une réaction proactive et rassurante de l’adulte est essentielle : elle peut influencer le sentiment de sécurité de l’enfant et son rétablissement.
⚠️ Si vous avez le moindre doute sur la sécurité ou le bienêtre d’un enfant, vous avez l’obligation légale de faire un signalement à la DPJ (📞composez le 811, option 1).
Avertissement : Cette fiche aborde des exemples sensibles. Si vous ressentez un inconfort à la lecture, nous vous invitons à ne pas rester seul avec vos émotions. Parler à des proches de confiance ou à des professionnels peut faire une réelle différence. N’oubliez pas qu’un parent soutenu est un parent soutenant pour son enfant.
*Le masculin est utilisé dans ce texte pour alléger la lecture et désigne autant les personnes de sexe masculin que féminin.
Qu’est-ce que la violence sexuelle?
La violence sexuelle englobe une variété de comportements, gestes, paroles ou attitudes à caractère sexuel qui portent atteinte à la sécurité et au développement de l’enfant ainsi qu’à son intégrité physique et psychologique. Un enfant de moins de 12 ans ne peut jamais consentir à un acte sexuel; il n’a ni la maturité ni la compréhension nécessaire pour accepter ou refuser une telle situation de manière libre et éclairée.
La violence sexuelle peut être subtile ou brutale, ponctuelle ou répétée — parfois de façon évidente, parfois cachée derrière un climat de proximité, d’abus de confiance, voire de manipulation affective par le jeu. Tous les enfants, quels que soient leur âge, leur milieu ou leur culture, peuvent en être victimes. En voici quelques exemples :
- Exposer un enfant à du contenu sexuel explicite (images, films, récits, jeux vidéos, sexualité adulte).
- Se dénuder devant lui sans respecter le malaise et la pudeur.
- Prendre des photos intimes de l’enfant.
- L’embrasser avec une connotation sexuelle.
- Se masturber devant lui ou lui demander de le faire.
- Commettre des attouchements, avec ou sans pénétration.
- Le harceler en ligne pour obtenir des photos ou gestes sexuels.
L’enfant n’a pas toujours la compréhension ou les mots pour nommer ce qu’il vit. Le dévoilement peut être exprimé de façon claire et consciente, mais aussi de façon floue, incomplète ou implicite, surtout chez les plus jeunes ou ceux ayant des besoins particuliers. Il est normal de ressentir un choc, une hésitation ou un doute face à un dévoilement, mais sachez que les fausses allégations d’agression sexuelle sont très rares. Pour l’enfant, parler de ce qu’il a vécu peut demander un immense courage, surtout s’il ressent de la peur, de la honte ou de la confusion.
Les trois attitudes clés à adopter lors d’un dévoilement :
1. Croire l’enfant
Accordez votre confiance à l’enfant pour qu’il se sente cru et protégé est un geste fondamental. Cela peut :
- l’encourager à poursuivre le dialogue;
- apaiser la peur, la honte ou la culpabilité qu’il peut ressentir;
- prévenir un traumatisme secondaire (ne pas être cru peut blesser aussi profondément que l’agression elle-même).
À faire
- Lui accorder votre pleine attention et votre confiance.
- Le remercier de vous en avoir parlé.
- Le rassurer sur le fait qu’il n’est pas responsable.
✅ Phrase à privilégier :
« Je te crois, tu as bien fait de me le dire. »
À éviter
- Mettre en doute son récit.
- Chercher des incohérences.
- Donner l’impression qu’il exagère.
🚫 Phrases à éviter :
« Es-tu sûr? »
« Tu n’aurais pas mal compris? »
2. Soutenir sans interroger
L’enfant a besoin d’un espace sécurisant, pas d’un interrogatoire. Montrez-lui que vous êtes présent pour lui et évitez de le blâmer, de minimiser son vécu ou de lui faire des reproches.
- Créez un climat rassurant.
- Choisissez un lieu calme, privé et sans distractions.
- Gardez une attitude calme, attentive et posée, même si vous ressentez des émotions.
- Montrez que vous êtes disponible, sans mettre de pression.
✅ Phrases à privilégier :
« Je suis là pour t’écouter, maintenant ou plus tard si tu veux m’en reparler. »
« Tu as bien fait d’en parler. »
🚫 Phrases à éviter :
« Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant? »
« J’aurais dû le savoir. »
« Je vais le tuer! »
- Accueillez sans juger ni minimiser.
- Valorisez son courage.
- Rappelez-lui qu’il n’est pas responsable.
- Ne cherchez pas à le rassurer en banalisant.
✅ Phrase à privilégier :
« Tu n’as rien fait de mal. Ce n’est pas ta faute. »
🚫 Phrases à éviter :
« Ce n’est pas si grave. »
« Ça va passer. »
« C’était juste un jeu. »
- Laissez l’enfant parler à son rythme.
- Ne l’interrompez pas, même s’il hésite.
- Respectez ses silences.
- Ne complétez pas ses phrases.
- Recueillez les paroles de l’enfant en posant des questions ouvertes.
- Évitez les questions précises, longues ou suggestives, les reformulations et les interprétations.
- N’essayez pas d'obtenir tous les détails - ce n’est pas votre rôle. Clarifiez avec délicatesse seulement si une précision est importante pour assurer la sécurité de l’enfant.
✅ Phrase à privilégier :
« Parle-moi plus de ... » (reprendre les mots exacts de l’enfant)
🚫 Phrases à éviter :
« Il t’a touché où exactement? »
« Est-ce que tu étais habillé? »
« Combien de fois? »
3. Protéger
Votre rôle est de protéger et de transmettre l’information aux bonnes personnes pour mettre fin à la violence et assurer la sécurité de l’enfant.
À faire
- Dire clairement à l’enfant que vous aller demander de l’aide.
- Noter fidèlement ses paroles, dans ses mots, dès que possible.
- Faire un signalement à la DPJ même si vous n’avez qu’un doute raisonnable.
À éviter
- Promettre à l’enfant de garder le secret.
- Reporter l’action.
- Confronter la personne concernée.
✅ Phrases à privilégier :
« Ce que tu dis est important. Je vais le noter pour mieux m’en souvenir. »
« On va en parler à des adultes qui savent comment t’aider. »
🚫 Phrases à éviter :
« Je te promets de ne rien dire. »
« Attendons de voir. »
« Je vais régler ça moi-même. »
📞 Ressources utiles (au Québec)
- DPJ : 811 (option 1)
- Tel-jeunes / Ligne Parents : 1 800 361-5085
- Info-aide violence sexuelle : 1 888 933-9007
À retenir
Votre calme, votre écoute et votre présence peuvent tout changer pour un enfant.
Auteures
Katheryne Walter (sexologue), Tanya B. Allaire (sexologue) et Sarah Laurin (sexologue et psychothérapeute)
Références
Éducaloi. (s. d.). Comment faire un signalement au DPJ. Repéré à https://educaloi.qc.ca/capsules/comment-faire-signalement-dpj/
Éducaloi. (s. d.). Consentement sexuel des adolescents. Repéré à https://educaloi.qc.ca/capsules/consentement-sexuel-adolescents/
Fondation Marie-Vincent. (s. d.). Les services offerts aux parents. Repéré à https://marie-vincent.org/services/aide-aux-familles/parents/
Fondation Marie-Vincent. (s. d.). Le dévoilement de la violence sexuelle. Repéré à https://marie-vincent.org/articles-prevention/le-devoilement-de-la-violence-sexuelle/
Grisé Bolduc, M.-È. (2022). 10 questions sur… Le trauma complexe chez l’enfant et l’adolescent. Éditions Midi trente.
Institut national de santé publique du Québec. (s. d.). Dévoilement de la violence sexuelle. Repéré à https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/devoilement
Institut national de santé publique du Québec. (s. d.). Le dévoilement de la violence sexuelle vécue pendant l’enfance. Repéré à https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/devoilement/enfance
Institut national de santé publique du Québec. (s. d.). Les fausses allégations d’agression sexuelle chez les enfants. Repéré à https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/devoilement/fausses-allegations-enfants
Naître et grandir. (2014). Prévenir la violence sexuelle dès l’enfance. Repéré à https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/viefamille/prevenir-violence-sexuelle-des-enfance/